Réunis à Abuja le 14 décembre 2025, les dirigeants ouest-africains ont tenté de reprendre l’initiative face à une région fragilisée par l’insécurité, les ruptures politiques et la fragmentation institutionnelle. Les décisions annoncées traduisent une volonté de fermeté retrouvée, mais aussi le constat implicite d’une réaction longtemps différée.
Le 68e sommet ordinaire de la CEDEAO s’est tenu dans un contexte de vulnérabilité régionale rarement atteint. Sous la présidence du chef de l’État sierra-léonais Julius Maada Bio, les travaux ont été dominés par les enjeux sécuritaires et institutionnels, sur fond de retrait effectif du Mali, du Burkina Faso et du Niger, devenu définitif depuis le 29 janvier 2025. Réduite à douze États membres, l’organisation tente désormais de redéfinir son rôle et sa crédibilité dans un espace ouest-africain profondément recomposé.
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Sur le plan sécuritaire, les chefs d’État ont validé le principe de la création d’une force antiterroriste régionale devant être opérationnelle en 2026. Cette force, annoncée à plus de 1 500 hommes, doit s’appuyer sur un financement renforcé des États membres, avec des instructions données aux ministres des Finances pour en assurer la viabilité budgétaire. L’annonce marque une étape importante dans le discours de la CEDEAO, longtemps accusée d’inaction face à la propagation des violences armées du Sahel vers les pays côtiers.
Ce volontarisme affiché n’efface toutefois pas le sentiment d’un réveil tardif. Depuis plusieurs années, l’insécurité s’est installée durablement dans des zones autrefois périphériques aux conflits sahéliens. Les attaques répétées, les tentatives de déstabilisation et la pression croissante sur les institutions nationales ont progressivement mis à nu les limites de la réponse collective. La tentative de coup d’État survenue au Bénin le 7 décembre 2025, évoquée à Abuja, a servi de rappel brutal de cette fragilité désormais généralisée.
Place de choix
La question des coups d’État et des dérives institutionnelles a occupé une place centrale dans les échanges. Les chefs d’État ont réaffirmé une ligne de tolérance zéro face à toute prise de pouvoir anticonstitutionnelle, cherchant à restaurer une doctrine de fermeté après une série de transitions militaires qui ont profondément ébranlé l’organisation. Cette position vise autant à dissuader de nouvelles ruptures qu’à répondre aux critiques sur l’inefficacité passée des sanctions et des médiations régionales.
C’est dans ce cadre que le dossier de la Guinée-Bissau a été explicitement abordé. Les chefs d’État ont exprimé leurs préoccupations face aux tensions politiques persistantes dans le pays, notamment autour de la gouvernance, de la stabilité institutionnelle et du respect du calendrier constitutionnel. La CEDEAO a réaffirmé son attachement à la préservation de l’ordre constitutionnel en Guinée-Bissau, appelant les autorités à privilégier le dialogue politique et à éviter toute dérive susceptible de replonger le pays dans l’instabilité chronique qui a marqué son histoire récente. Cette prise de position, prudente mais ferme, s’inscrit dans la volonté affichée de prévenir plutôt que de gérer a posteriori de nouvelles crises.
Positionnement
Sur le terrain institutionnel, le sommet a également été marqué par une décision à portée continentale. Les chefs d’État de la CEDEAO ont désigné à l’unanimité le président ghanéen John Dramani Mahama comme futur président en exercice de l’Union africaine, conformément au principe de rotation régionale qui confiera ce poste à l’Afrique de l’Ouest en 2027. Cette désignation est présentée comme une opportunité de repositionnement stratégique pour une région affaiblie, à condition que ses divisions internes ne continuent pas de neutraliser son influence.
Au-delà des communiqués officiels, le sommet d’Abuja a dévoilé une CEDEAO en quête de rattrapage. L’organisation semble aujourd’hui contrainte de reconstruire son autorité dans un environnement où les initiatives sécuritaires et politiques se sont souvent développées en dehors d’elle, voire contre elle. La perte de trois États membres majeurs n’est pas seulement un recul numérique, mais un signal fort sur l’érosion de l’adhésion au projet communautaire tel qu’il avait été conçu.
À l’issue de cette 68e session, la CEDEAO affiche l’ambition de se réinventer et de réaffirmer son rôle de garant de la stabilité régionale. Reste à savoir si cette volonté se traduira par des actions rapides, crédibles et coordonnées. Dans une Afrique de l’Ouest sous tension, le sommet d’Abuja pourrait soit marquer le début d’un sursaut attendu, soit confirmer l’image d’une organisation condamnée à intervenir trop tard, toujours en réaction plutôt qu’en anticipation.
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