Burundi Eco – Contre toutes formes de VBGs, CARE Burundi agit

 A l’occasion de la campagne des 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes et aux filles, CARE Burundi en collaboration avec ses différents partenaires dont le ministère en charge de la justice ont organisé une conférence-débat pour alerter sur les violences numériques, une forme insidieuse mais dévastatrice de violence basée sur le genre. L’événement a également souligné une autre forme de violence persistante : La surcharge des travaux domestiques et les autres travaux de soins non valorisés traditionnellement assignés aux femmes et aux filles. Pour réussir la lutte contre les violences faites aux femmes au Burundi, tous les intervenants ont appelé à une réponse collective juridique, éducative et technique.
Burundi Eco – Contre toutes formes de VBGs, CARE Burundi agit

Domitile Ntacobakimvuna, coordinatrice du projet WE-CARE : « L’objectif de cette conférence-débat était de profiter de la campagne des 16 jours d’activisme pour sensibiliser sur les effets de la violence numérique faite aux filles et aux femmes ».

 

« L’évolution des technologies de communication a engendré de nouvelles formes de violences propagées en ligne à travers les téléphones mobiles, les réseaux sociaux, les messageries, Internet, les discours de haine en ligne, etc. Et cela pour intimider, contrôler, humilier, exploiter ou menacer une femme ou une fille. Cette nouvelle forme de violence vient s’ajouter aux autres VBGs qui hantent déjà la femme burundaise », a précisé Estella Ndahabonyimana, coordinatrice chargée des questions du genre au ministère de la Justice. C’était ce lundi 8 décembre 2025, lors d’une conférence-débat sur les violences numériques faites aux femmes et aux filles. Cette activité a été organisée par CARE Burundi, le ministère de la Justice à travers le Centre d’Excellence pour la lutte contre les Violences Sexuelles et Basées sur le Genre, le Centre de recherche CRELACS de l’Université du Burundi et COCAFEM /GL.

Domitile Ntacobakimvuna, coordinatrice du projet WE-CARE et représentante de CARE Burundi lors de cette activité, a précisé que l’objectif de cette conférence-débat était de profiter de la campagne des 16 jours d’activisme pour sensibiliser sur les effets de la violence numérique faite aux filles et aux femmes, qui est un fléau encore méconnu de la majorité des Burundais, mais qui a des effets dévastateurs.

Des agressions virtuelles, une réalité

Dans sa   présentation, Dr Abbé Dieudonné Nibizi, expert en communication, a expliqué que les violences numériques faites aux femmes et aux filles désignent des actes d’agression en ligne à caractère sexiste ou misogyne qui exploitent les technologies numériques pour humilier, contrôler ou nuire.

Selon lui, ces violences trouvent leur origine dans des facteurs structurels et culturels profondément enracinés. Le sexisme et la misogynie persistants font que les femmes et les filles sont souvent perçues comme illégitimes dans l’espace public numérique. Ce qui les expose à des attaques dès qu’elles s’expriment ou militent en ligne. L’anonymat offert par les plateformes numériques, combiné à l’absence de régulation efficace et de lois adaptées, favorise l’impunité des agresseurs. Par ailleurs, Internet abrite des communautés qui propagent une culture de la haine envers les femmes, normalisant les comportements violents.

La diffusion rapide et massive de contenus humiliants, de rumeurs ou d’images manipulées amplifie l’impact de ces violences. Ces agressions prolongent souvent les inégalités de pouvoir existantes hors ligne visant à contrôler, intimider ou réduire au silence les femmes. Enfin, l’analphabétisme numérique et émotionnel, notamment chez les jeunes filles peu conscientes des risques liés à leurs interactions en ligne, les rend particulièrement vulnérables aux prédateurs.

« Dr Abbé Dieudonné Nibizi, expert en communication : « les violences numériques ont des répercussions profondes et multiples ».

 

Des conséquences dévastatrices

Selon toujours cet expert en communication, les violences numériques ont des répercussions profondes et multiples. Elles affectent gravement la santé mentale des victimes, provoquant anxiété, dépression, isolement, perte de confiance voire stress post-traumatique. Sur le plan professionnel, elles peuvent entraîner la perte d’emploi, l’auto-censure, le retrait de la vie publique et la perte d’opportunités, en plus de nuire à la réputation. Dans la sphère privée, elles engendrent un sentiment d’insécurité constant, etc.

Ces agressions contribuent également à l’appauvrissement du débat public en réduisant au silence des voix essentielles, notamment celles des femmes expertes ou engagées. Socialement, elles poussent à l’abandon des espaces numériques et à l’autocensure.

Une riposte collective est plus que nécessaire

Pour faire face à ce fléau, Dr Nibizi propose une réponse collective combinant une modération efficace des plateformes, des lois adaptées et appliquées et une sensibilisation accrue ainsi qu’un accompagnement technique, juridique et psychologique des victimes.

Sur le plan technique, il recommande la sécurisation des comptes (authentification à deux facteurs, mots de passe robustes), la surveillance de son identité numérique (alertes, veille sur les réseaux) et le contrôle de la diffusion des informations personnelles. Sur le plan communicationnel, il convient de répondre avec calme aux attaques, de renforcer son image publique en valorisant ses réalisations.

Des recours juridiques et institutionnels sont également possibles. Il a cité entre autres la possibilité de porter plainte, de signaler les contenus abusifs aux plateformes et de conserver des preuves pour appuyer les démarches. A ce propos, il a évoqué la loi n°1/10 du 16 mars 2022 portant prévention et répression de la cybercriminalité au Burundi. Cette loi interdit notamment l’usurpation d’identité, la publication d’images pornographiques, de messages ou photos indécents, les activités sexuelles avec des mineurs, la production, l’enregistrement et la diffusion d’images à caractère pornographique.

Dr Nibizi a également insisté sur le rôle de toutes les parties prenantes dans l’intégration de l’éducation au numérique responsable dès le plus jeune âge.

Le poids invisible du travail non rémunéré

Outre les violences numériques, Mme Ndahabonyimana a souligné une autre forme de violence subie par les femmes et les filles burundaises : « La surcharge des travaux domestiques et les autres travaux de soins non valorisés traditionnellement assignés aux femmes et aux filles sont autant de formes de violences que subissent les femmes et les filles depuis longtemps et jusqu’à aujourd’hui », a-t-elle déclaré.

Dans son exposé, Vénérand Nsengiyumva, professeur à l’Université du Burundi, est revenu sur les résultats d’une étude portant sur le travail non rémunéré des femmes. Il a mis en évidence une grande disparité entre les hommes et les femmes en matière de travaux de soins non valorisés. « Les femmes assument la majorité de ces tâches, tandis que les hommes dominent l’accès au travail rémunéré », a-t-il souligné.

Selon cette étude, en moyenne, les femmes effectuent 7 à 8 activités par jour contre 5 à 6 pour les hommes. Ces activités sont majoritairement des travaux ménagers, donc non rémunérés. Concernant le travail rémunéré, les femmes y consacrent 2,7 heures par jour contre 4 heures pour les hommes. Cette situation perpétue les inégalités de genre et contribue à la vulnérabilité économique des femmes burundaises.

L’événement a également souligné une autre forme de violence persistante : La surcharge des travaux domestiques et les autres travaux de soins non valorisés traditionnellement assignés aux femmes et aux filles.

 

Vers une répartition équitable des tâches

Pour le Pr Nsengiyumva, il est essentiel d’améliorer le niveau de revenus des femmes et de promouvoir une répartition équitable des tâches domestiques. Même son de cloche du côté de Mme Ntacobakimvuna, qui appelle à une prise de conscience collective : « Il faut que les gens comprennent que ces travaux ménagers que la femme effectue seule freinent son développement. Il serait mieux que l’homme et la femme se répartissent équitablement les tâches domestiques, afin que la femme ne soit pas la seule victime pendant que l’homme reste inactif », a-t-elle proposé.

Rappelons que le thème retenu pour la campagne des 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes et aux filles, édition 2025, est : « Unissons-nous pour mettre fin aux violences numériques faites aux femmes et aux filles ». Un appel fort à la solidarité, à l’action et à la transformation des mentalités pour bâtir un espace numérique plus sûr, plus juste et plus inclusif.

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